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Nous avons laissé nos Opinel au XVIIIe siècle. L’un
orfèvre à Dole, un autre marchand de fer cité dans la liste des membres
de la Société Populaire de Saint-Jean-de-Maurienne en 1792. Est-ce lui
le père de Victor-Amédée Opinel, né en 1799 ? |
![]() Au 1er plan, de gauche à droite, Jean, un apprenti et Daniel OPINEL. Au second plan, paysans de la Grave. |
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En juin 1980, l’atelier de Daniel a pu être reconstitué au dixième, par l’artiste suisse Christian Sigrist, tel qu’il était un siècle plus tôt. Simple mais robuste bâtisse de bois sur un sous-bassement de pierre, il se composait d’une salle carrée à laquelle était adossé un appentis. L’âme de l’ensemble, la force qui animait les martinets, qui attisait les braises de la forge, qui faisait tourner les meules, c’était bien sûr l’eau empruntée pour un instant à l’Arvan. Au fond de la pièce principale, on pouvait voir le canal d’amenée, large conduit de bois, avec ses vannes d’admission d’eau sur les roues à aubes. Dans l’angle de gauche, une trompe à eau. |
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Sur la maquette, on voit un simple tube vertical percé de trous. A l’intérieur, l’eau qui arrivait à la pression atmosphérique devait passer par un étranglement provoquant l’accroissement de sa vitesse et une très puissante aspiration. Cette astucieuse machine aspirait l’air qu’elle renvoyait dans le foyer de la forge. Partie essentielle de l’ensemble, cette forge occupait la partie gauche de l’atelier, contre le mur opposé à l’appentis. Sur la maquette elle est bien visible, avec son charbon, ses pelles, pique-feu, marteaux, pinces et tenailles. |
|   A côté de la forge —au premier plan
sur la maquette— la table de montage, avec ses limes et ses poinçons. Sur
l’étau, l’artiste a représenté une lame de serpe, nommée ici «goyarde»,
redoutable outil à la pointe recourbée vers l’avant, dont tout paysan mauriennais
se servait avec dextérité pour ébrancher, débroussailler, couper le petit
bois ou appointer un piquet. Outil presque quotidien, moins universel certes
que le couteau, mais que l’on portait souvent pendu à la ceinture par le
crochet fixé à la poignée. Le centre de la pièce est occupé par l’enclume sur laquelle le forgeron est en train de forger des haches. La moitié droite de l’atelier est plus «mécanique» : une roue à aubes actionne quatre «artifices». A l’arrière-plan, c’est d’abord une meule de grès sur laquelle un ouvrier aiguise une serpe. Technique simple mais astucieuse, l’aiguiseur était assis sur une planche au moyen de laquelle il pouvait presser la lame avec davantage de force et une économie d’efforts. Viennent ensuite deux martinets. Sur la maquette, un forgeron est debout devant l’un, tandis que l’autre est utilisé par un homme assis sur un siège pendu au plafond. Cette disposition permettait au forgeron de pivoter autour du marteau pour présenter toujours la pièce dans la meilleure position. On distingue bien les deux roues à picots montées, ainsi qu’un volant d’inertie, sur l’arbre moteur. Ce sont ces picots qui actionnent en cadence les martinets. Dans l’atelier de Daniel Opinel, l’écartement différent des picots donnait à chaque martinet une cadence spécifique, correspondant aux différentes tâches à accomplir. Bien entendu, la vitesse de la roue pouvait être réglée : il suffisait pour cela d’ouvrir plus ou moins la vanne d’arrivée d’eau, au moyen d’un levier. Au premier plan enfin, actionnée par une manivelle fixée sur l’arbre, une cisaille permettait au forgeron de couper les barres d’acier. |
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  Adossé au bâtiment principal, l’appentis
était le domaine des émouleurs. Actionnées par une roue à aubes, deux énormes
meules de grès baignaient dans l’eau du canal de fuite : la pierre devait
toujours être mouillée afin de ne pas échauffer les lames, ce qui aurait
nui à leur trempe. L’émouleur travaillait couché sur un banc, tenant à bout
de bras la lame à meuler. Pour exercer toujours une force maximale, l’ouvrier
disposait d’un système de réglage de son banc, en hauteur et en inclinaison.
Il pouvait ainsi compenser l’usure de la meule. Celle-ci était changée lorsque
son diamètre devenait trop étroit. |
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| A l’origine, elle atteignait 1,50 m
à 1,80 m et, en deux ou trois ans, elle se trouvait réduite des deux tiers.
La tradition voulait que l’émouleur choisisse lui-même ses meules, qu’il
les perce avec soin et les mette en place. Il ne confiait cette tâche à
personne car, de la qualité de la pierre et de son montage, pouvait dépendre
sa vie. En effet, que cette lourde masse tournant à 25 tours minute vint
à se fracturer, et l’on n’aurait pas donné cher de l’homme allongé trente
centimètres au-dessus ! |
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| Sur la maquette réalisée par Christian Sigrist, on peut voir un chien couché sur les jambes de l’émouleur. Il était de tradition en effet que l’ouvrier, travaillant dans l’humidité des embruns levés par la meule, immobile sur son banc, ait eu un compagnon à quatre pattes pour lui tenir le bas du corps au chaud, et peut-être, tout simplement, pour lui tenir compagnie. |