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  Le fer, le feu et l’eau… Quelle étrange alchimie a
fait naître de leur rencontre l’acier tranchant ? La Maurienne, petite
vallée de Savoie nichée au cœur des Alpes, n’a certes pas la prétention
d’avoir vu éclore cette transmutation, mais celle-ci lui est profondément
liée par une tradition qui remonte au fond des âges. |
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|   Pendant longtemps, les solides et lourdes
lames, les outils, les bijoux, furent façonnés dans ce métal. Vers 700 avant
J.C., les populations des Alpes connurent enfin le fer. N’est-ce pas leurs
longues épées, plus fines, plus tranchantes, plus résistantes, qui ont assuré
aux Celtes leur expansion ?   Les montagnes de Maurienne retentirent alors du pic des mineurs. Les mines de Bonneval, celle de la Colombière vers Bramans, celles de Plan Raphin et du Monio sur Modane, celles des Hurtières De ce métal fut forgée, au Moyen Age, Durandal, la légendaire épée de Roland, celle qui fendait les montagnes. La chanson de geste est explicite : |
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«Eh ! Durandal, que tu es claire et
blanche ! |
|   De tout temps, les lames de couteau
ou d’épée ont été entourées d’une véritable mythologie. Ne voyait-on pas
dans le forgeron un être un peu magicien, digne descendant de Vulcain ?
Point de magie, cependant, chez nos métallurgistes : ils étaient simplement
ingénieux. De père en fils, ils se transmettaient un savoir que chaque génération
enrichissait.   De véritables dynasties se sont parfois constituées. Ainsi celle des Castagneri dont le fondateur vint s’installer à Argentine, dès le milieu du XVIe siècle. Citons aussi Gaspard Granery, comte de Mercenasque, ou encore Guillaume Savage, gentilhomme d’Angleterre ou Robert Vligger, seigneur du Plisson en Brabant. Et sait-on que Madame de Warens eut des intérêts dans la métallurgie de Maurienne ? On a davantage retenu son rôle de protectrice des lettres.     Toujours est-il que ces personnages d’envergure ont quelque peu éclipsé les artisans alors plus modestes, rendant difficiles les recherches sur les débuts de l’activité de la famille Opinel. Pourtant, dans les archives de Saint-Jean-de-Maurienne, on est à peine surpris de lire, dans la liste des membres de la Société Populaire qui s’était constituée en 1792, le nom d’un Opinel, marchand de fer.   Mieux encore, dans l’ouvrage de Solange Brault-Lerch «Les orfèvres de Franche-Comté», on trouve un certain Joseph Opinel né le 8 septembre 1715 à Longwy. Apprenti à Dole puis à Nancy, il fut reçu à la maîtrise grâce à un chef-d’œuvre façonné chez un orfèvre de Besançon et il exerça ensuite à Dole. Plusieurs de ses œuvres appartiennent à des musées ou enrichissent le trésor de diverses églises et chapelles du Jura. Ces pièces au décor de rocaille, motifs floraux, coquilles et volutes nous prouvent une chose : ce Joseph Opinel fut un maître dans son domaine. |
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  Mais, direz-vous, quel
rapport avec nos Opinel de Maurienne et leur célèbre couteau ? Eh bien,
tout d’abord, si Joseph Opinel ne travaille pas l’acier, il n’en transforme
pas moins le métal ; et si son art demande davantage de sens artistique
et de finesse, il procède de la même alchimie. Et surtout Joseph Opinel
est mauriennais. Né à Longwy, certes, mais son père, Pierre Opinel, était
«originaire de Savoie, d’Albiez-le-Vieil, proche de Saint-Jean-de-Maurienne».
Il était marchand, et c’est pourquoi il s’était rendu en compagnie de sa
femme, Anne Lejeune, à Longwy, à l’occasion d’une foire.   On n’en sait pas davantage, mais on peut imaginer. Nombreux étaient ceux, à Albiez-Le-Vieux comme ailleurs, qui allaient chercher fortune au loin, dans une émigration hivernale qui devenait parfois définitive. Qu’allait vendre —ou acheter— Pierre Opinel à Longwy ? |
|   Certes, la région ne sera célèbre pour
son fer qu’à la fin du XIXe siècle, mais cette industrie n’en est pas absente
auparavant. Alors, peut-on imaginer que notre Opinel, marchand du début
du XVIIIe siècle, soit déjà spécialisé dans le fer ? L’hypothèse serait
séduisante ! Ils sont en tout cas, lui et son fils, de dignes représentants
de l’esprit aventureux et créatif de cette famille.   Revenons cependant en Maurienne. Qu’était donc, à l’aube du XIXe siècle, cette commune d’Albiez-Le-Vieux ? Avant tout, une commune rurale. Un tiers de la surface totale était constitué de pâturages d’été, tandis que près de 20 % étaient des prés de fauche fournissant le fourrage de l’hiver. L’élevage bovin et ovin constituait donc l’économie principale. Guère plus d’un dixième du terroir était consacré aux cultures : seigle, orge, avoine, pomme de terre. |