L’Opinel est devenu si célèbre qu’on le confond avec son fondateur éponyme. A vrai dire, «couteau Opinel» est presque un pléonasme. Quel petit quincailler du bourg le plus isolé n’a pas son présentoir d’Opinels ? Bien connu dans toute la France dès l’entre-deux-guerre, il avait peu à peu franchi les frontières. La médaille d’or obtenue à Turin en 1911 n’était qu’un premier pas. Lorsqu’on se rend compte qu’en 1939 on atteignait les 20 millions de couteaux vendus, on imagine qu’il devait être déjà fort connu. D’autant plus que ce n’est pas une denrée périssable : un Opinel, ça dure ! Aujourd’hui, avec 4 à 5 millions de couteaux par an, sa réputation a largement dépassé l’Europe.
Aux Etats-Unis, il est le «French Knife» ; et Paul Bocuse, aussi célèbre dans ce pays qu’en France, ne manque jamais de rappeler aux Américains que ce fut son premier couteau d’enfant et qu’il l’utilise toujours quand il fait son marché...
Il est même devenu une pièce de musée, et pas seulement en Savoie. Bien sûr, à Saint-Jean-de-Maurienne, il a son propre temple : «le Musée de l’Opinel», mais il est aussi exposé au Musée d’Art Moderne de New-York. En 1985, le Victoria and Albert Museum organisa une exposition d’une centaine de produits présentant le meilleur «design» : on y trouvait, à côté de la Porsche 911, de la montre Rolex et des lunettes Ray-Ban… un couteau Opinel ! Couteau né dans les montagnes, l’Opinel a gravi tous les sommets, a été de toutes les expéditions.
Léger et robuste, simple, peu onéreux, il est l’outil préféré des alpinistes. Dans la poche de guides ou de grands voyageurs il s’est retrouvé au Makalu, au Dhaulagiri, au Jannu, au Huascaran, au Chopicalqui, comme en Amazonie, au Groenland, à Madagascar ou en Afrique. Ne dit-on pas qu’un sherpa, à qui un alpiniste voulait offrir un Opinel, sortit tranquillement le sien de sa poche ?
En somme, un siècle après sa création, le petit couteau de Gevoudaz se porte bien. C’est même un jeune plein d’allant, qui continue de conquérir des marchés. Son nom est presque devenu commun, au point qu’on en oublierait qu’il est celui d’une famille. Or, les Opinel, ce sont aussi des hommes. Après Joseph, après Marcel, Maurice est entré en 1950 dans l’entreprise, puis en a pris la tête. Sous sa direction, la nouvelle usine de la Revériaz est venue s’ajouter à celle de Cognin.
Pour le prestige que le succès de ses produits fait rejaillir sur la Savoie tout entière, il a reçu diverses distinctions, dont une particulièrement chère au cœur des Savoyards, le Prix des Neiges.
Enfin, l’un de ses trois enfants, Denis, est directeur général de la coutellerie. Ainsi, en trois générations, le couteau Opinel a bouclé son premier centenaire. La relève est assurée et l’on est bien parti pour le deuxième !